Le Vivant, c’est l’expérience d’Etre.

Il est un matin tôt. Le rouge gorge, le merle et la grive musicienne, premiers levés, offrent au jour leurs premières mélodies qui font vibrer tout mon corps. Je respire pleinement et des essences du lilas et des azalées m’enivrent. Je marche pieds nus dans les herbes hautes, humides de rosée et je cueille cette eau cristalline pour me rincer le visage, la brume se dissout. Une abeille solitaire passe devant mon nez, ses pattes chargées de pollen. Son bourdonnement est doux et pénétrant. Je suis pleine de ce Vivant. Exaltée et émue, je sens que je fais partie de ce monde-là. Je reçois en profondeur tous ces éléments et mon corps vit et remercie.

J’observe avec une loupe la mousse et la « ruine de Rome », petite fleur de murailles et à nouveau l’émerveillement jaillit. Dans cette toute petite fleur, un univers féminin : elle ressemble à la vulve de la femme. Nous sommes semblables. Nous sommes la même essence.

Et dans la mousse, un univers immense et profond. Dans l’infiniment petit, je retrouve l’infiniment grand.

Le soleil se montre. Je me couche dans ces herbes hautes et je sens sa chaleur douce me pénétrer. C’est si bon. Les feuilles du frêne jouent avec la brise en créant un jeu de lumière passant du violet au vert sur le fond bleu du ciel. J’entends l’écureuil claquer ses dents au sommet de l’épicéa voisin qui envoie ses puissants parfums de résine dans l’air. Je suis au paradis.

Le pissenlit à coté de moi s’ouvre, il est semblable au soleil qui l’anime. Et je sais qu’après sa fenaison, il prendra la forme de la voie lactée et ses constellations. Ses graines ensuite se disperseront. Il me rappel le rythme cyclique et la transformation de tout Vivant. Oui, nous sommes de la même essence et à nouveau, je me sens touchée en profondeur.

La vie m’invite au mouvement. J’ondule, je tourne, je danse.

Je suis un enfant qui voit pour la première fois à chaque découverte, et redécouvertes.

Ma soif est insatiable et je n’ai qu’à me poser dans la nature pour la satisfaire et apprendre. Je n’ai besoin de rien d’autre. Mon cœur sourit.

La nuit tombée, les chandelles des fleurs des onagres éclairent le sentier. Les pollinisateurs de l’ombre ont pris le relais des diurnes : papillons de nuit et autres coléoptères se régalent du nectar fruité jaune vif. Je les salue au passage. Je ne suis jamais seule dans la nature.

Tout est là… Nous vivons, nous vibrons en chœur avec le Vivant.

Lorsque je me mets en lien avec lui, lorsque je m’arrête, que je contemple et que je me laisse aller à ce qui m’entoure : le bourdon qui sieste dans la fleur, le vol des martinets, l’araignée qui tisse sa toile, la graine qui commence à germer, Il se passe quelque chose qui me rappelle l’origine de ce que je suis, un retour à la source : mon essence. Je suis de passage dans le cycle immense de la vie. Je Suis en présence.

La nature me ramène à l’essentiel, à la complexité des êtres et la simplicité du cycle. Elle m’offre l’enseignement de la patience et de l’accueil de toute chose. Elle offre le soin, la guérison par bon nombre de ses plantes, souvent cataloguées de mauvaises herbes. Ses vibrations, ses odeurs et ses sons agissent sur tout mon corps qui reçoit telle une antenne ses bienfaits.

Le Vivant m’apprend sa communication subtile, invisible à nos sens. La nature me rappelle qu’elle a besoin de mélanger les espèces pour se fortifier, pour s’entraider, pour être en équilibre, sinon elle s’appauvrit, comme nous.

Elle m’apprend que le silence n’existe pas, qu’elle chante sans cesse.

Alors, ce qui est présent chez moi, c’est l’élan de réensauvager le Vivant, nous en faisons partie : laisser la nature nous enseigner comment elle se rééquilibre avec la diversité et son accueil pour tous les hôtes qui y participent.

Réensauvageons-nous, désapprenons l’ordre et la netteté d’un jardin trop ordonné. Invitons quelques orties à la valse du végétal, laissons feuilles et souches d’arbre devenir des abris insoupçonnés et de la nourriture pour le sol. Ecoutons ces « mauvaises herbes » nous apprendre leurs vertus thérapeutiques.

Soyons au plus proche de nous-même en respirant en profondeur, en sentant notre corps, ses blocages, ses exaltations, ses vibrations, observons nos émotions, écoutons nos besoins, nos aspirations et soyons audacieux. Dansons sous la pluie (pieds) nus après l’orage, prenons des bains de boue, laissons-nous nous émouvoir au chant du merle. Sentons combien nous sommes reliés les uns aux autres et au Vivant en étant vivant.